Municipales : ah bon?
Bien sûr, il y a les déclarations de François Fillon, qui semble regretter la même chose ; on ne peut pas sérieusement croire à la sincérité des propos du chef de la majorité si l'on se souvient des mots de Nicolas Sarkozy il y a quelques temps, celui-ci souhaitant redonner à ces échéances un sens politique plus aigü. A la lumière des sondages et de la tempête annoncée, le ton a changé, pour en arriver dimanche soir à la déclaration du Premier Ministre, peut-être personnellement sincère... Mais parlant au nom de la majorité et du Gouvernement. Tant pis pour le sort des villes, donc...
François Hollande s'est risqué, à sa manière, à une relativisation des motivations nationales, de manière à faire éclater la compétence des maires. cela est déjà plus juste, car trop vouloir prendre ces résultats pour un référendum anti-Sarkozy revient à dire "nos maires n'ont pas du tout été élus pour leurs compétences, mais simplement sur un coup de tête des Français, qui n'ont pas vraiment réfléchi à la fonction municipale une fois face aux urnes". présentée ainsi, la victoire à moins de charme : c'est pourtant ce que disait à peu près Ségolène Royal la semaine dernière, si l'on retire de ses propos le maquillage de la communication. L'esthétique de la victoire emporte tout sur son passage...
Pour François Bayrou, les choses sont un peu plus claires : à Pau, la défaite est municipale, à cause d'enjeux nationaux. Au-delà de cela, il serait dommage qu'un parti cesse d'exister à cause d'échéances précises, tout comme on avait pu enterrer le PC après la présidentielle. La démocratie ne devrait jamais aller dans ce sens d'une réduction des voix d'expression.
Et le problème vient bien de là : si l'on regarde de plus près et que l'on considère les Municipales pour ce qu'elles sont, comment peut-on, dans les médias, faire un peu d'audimat, aimanter les publics devant leur télévision un soir électoral, avec une foule de résultats locaux, et donc éloignés de préoccupations de tout un chacun ? Après tout, seules quelques villes nous sont particulièrement bien connues, à commencer par celles où nous vivons ; la dramatisation de l'enjeu passe donc par l'englobement de ces résultats dans des perspectives nationales. A la limite, la politique-fiction a son charme : l'effet pervers est que cet angle diffusé par la source d'information conduit certainement ("certainement", car il est impossible de le prouver ici) à une véritable nationalisation du débat. Voilà pourquoi, à chaque élection, les résultats sont appréciés dans leur globalité et... Sûrement à juste titre. Autrement dit, les Français ne votent pas pour les bonnes raisons. Est-il possible que la grande majorité des maires UMP soient soudainement devenus mauvais? On sait que la couleur politique importe peu pour faire un bon maire, car celui-ci est détaché des enjeux nationaux, du moins, encore une fois, a priori.
Il n'est pas question ici de juger la capacité de tous les maires entrants : gageons que la plupart d'entre eux fera un meilleur travail que celui laissé par les prédécesseurs. Il est toutefois triste de constater que l'on ne vote pas toujours pour les bonnes raisons : des municipales sont des municipales, tout comme les Européennes à venir devront être vues à la lumière du projet européen, et pas en fonction de la politique du Gouvernement, aussi contestable soit-elle.
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