Technique et conscience

La technique peut-elle permettre à l'Homme de s'améliorer ? La technique, techné, est la capacité humaine à façonner un outil ou un objet pour le conformer aux attentes qu'exige son utilisation prévue. On peut considérer qu'il s'agit d'une marque de l'humanité, qui se différencie là des animaux et s'affranchit des limites physiques imposées par la nature. L'Homme est un animal social, politique, et la société s'appuie sur une morale qui lui est propre. Or nature et morale sont opposées ; cela pourrait revenir à croire que la technique va de pair avec la morale : il s'agit pourtant d'un syllogisme. Si le progrès technique s'était conformé à la morale civilisationnelle, il y a fort à parier que ni les horreurs des deux guerres mondiales, ni les armes bactériologiques n'auraient connu le même sort. Dès lors, est-il possible de faire converger technique, et par-là même progrès technique, avec une ethique ? Et est-ce seulement souhaitable ?

 

 

1- Le progrès technique est une évolution inhérente à l'homme, et qui a assuré sa survie

 

a) Le progrès technique, tout d’abord, apparaît évident lorsque l’on traverse les âges. Celui-ci a permis à l’Homme de se sédentariser et de s’assurer ainsi, par les cultures et l’élevage, de quoi s’alimenter régulièrement. Il a permis aussi l’amélioration de la vie et la lutte contre les maladies, ainsi que l’allongement de l’espérance de vie, presque deux fois plus importante aujourd’hui qu’il y a 3000 ans.

 

b) La quête de la technique s'est inscrite dans une volonté d'éthique de la part de l'Homme : de nombreux conseils de bioéthique, par exemple, ont été créés, ainsi que des ordres de médecine, afin d'assurer la qualité et le bon déroulement des soins.

 

Pourtant, le progrès technique, utilisé à des fins moins humanistes, a contribué à la barbarie et à l’antithèse exacte d’un progrès moral : l’holocauste, les camps de concentration soviétiques, nazis ou chinois, ainsi que la bombe atomique sont autant de machines à tuer engendrées par les avancées technologiques. Cela ne peut pas être considéré en soi comme un progrès.

 

2- La morale submergée par la technique

 

a) La technique brute, contrairement à l'épistémologie qui montre cette volonté de moraliser la science, est un instrument, et le simple moyen d'obtenir des instruments plus efficaces : on peut donc développer de la technique en s'affranchissant de toute morale : c'est le cas pour le développement des armes de destruction massive, mais aussi pour les entreprises biologiques, pharmaceutiques ou informatiques qui laissent parfois de côté le devoir de prudence sanitaire afin d'accroître leurs marges économiques.

 

b) Ce que l’on appelle progrès technique est en fait une évolution de la science au-delà de la morale. Si l’on ajoute la dimension morale au progrès, alors il ne peut avoir de progrès technique, et historique. Le XXème siècle est le plus meurtrier après… le XVIème siècle, symbolisant la conquête du Nouveau Monde et par la même occasion la traite des noirs, le génocide indien… Toute évolution connaît un revers de la médaille. De ce fait, les maladies peuvent aujourd’hui être techniquement guéries, et l’agriculture produit plus que jamais : pourtant, la grande majorité des êtres humains souffrent actuellement de malnutrition et ne peuvent se payer des soins. La guerre n’a pas non plus disparu : elle est au contraire bien plus meurtrière en raison de la prolifération des armes autour du globe.

 

3- L'accomplissement de l'Homme passe par la maîtrise de la technique

 

a) La technique, au regard de certaines erreurs de l'Histoire, se doit d'être encadrée. L'Homme étant un animal social évoluant sous l'égide de la morale (l'idée avancée par Nietzsche d'un Homme au-delà de la morale n'est pour l'instant qu'un idéal), il se doit de trouver la juste coïcidence entre ces deux caractéristiques qui font de lui ce qu'il est : morale et technique. Rabelais le disait déjà : "science sans conscience n'est que ruine de l'âme".

 

b) Ces diverses techniques, aujourd'hui, nous permettent de détruire, mais aussi de prendre conscience de cette destruction et d'envisager une réparation, voire une amélioration : c'est le cas pour la question environnementale. Le progrès technique et les révolutions indistrielles ont engendré le réchauffement climatique, la pollution des sols et des euax : elles permettent aussi d'étudier et de diffuser une connaissance du phénomène mais aussi, au-delà, d'y apporter une solution. Une voiture "propre" est, aujourd'hui, une évolution technologique plus importante qu'une voiture qui va plus vite. C'est ainsi que l'éthique et la conscience peuvent utiliser la technique à bon escient.

 

La technique, donc, permet d'améliorer l'Homme si elle est bien utilisée. Plus encore, la seule réponse à un dommage causé par une technique aux effets destructeurs reste le fruit d'une recherche encore plus avancée et, cette fois, réfléchie.