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Rédacteur Agoravox
 

"Qui ne sait tirer les leçons de trois mille ans vit seulement au jour le jour". (Goethe)

Poésie et réel

Nous aborderons, de manière lapidaire (c'est une fiche, avec ses inconvénients... ), le sujet sous la forme de la question : la poésie est-elle en mesure de nous aider à comprendre le réel ?

Il s'agit là de voir si la poésie, une forme d'art, peut nous permettre de disposer d'une meilleure connaissance du monde qui nous entoure, par opposition à notre monde intérieur. Alors que ce rôle explicatif semble revenir à la science, source de connaissances, on se demande ici si la poiesis, qui, comme le rappelle Aristote, est l'action de créer à partir d'un savoir, et de générer un objet extérieur à soi - l’œuvre -, peut participer à l'explication d'un monde situé lui-aussi en-dehors de nous. Comme toutes les formes d'art, la poésie est création ; le monde est l’ensemble de ce qui est ; il est, pour Wittgenstein, « l'ensemble des faits ». Cette réalité extérieure, si l’on considère ici le monde comme réalité, par opposition au solipsisme, peut-elle être élucidée par l’art ? La création peut-elle expliquer le réel ?



La poésie, comme en témoignent les points de vue de Platon et Aristote, tient à une imitation du monde. C’est le concept de Mimesis. Cette imitation éloigne de la réalité, car elle est dépourvue d’objet, selon Platon. Pourtant, Aristote considère qu’il s’agit là d’un outil didactique utile à la compréhension du monde qui nous entoure. La poésie ensuite, en tant que création, témoigne d’un point de vue, d’une interprétation du monde. Nous ne voyons le monde qui nous entoure, et qui donc nous est extérieur, que par nos propres yeux. Or la création d’autrui témoigne de l’interprétation du monde que fait autrui, en même temps qu’elle est un élément du monde qui nous est extérieur. La création, comme élément de ce monde extérieur, est en soi, et parce qu’elle s’inspire du monde, ne serait-ce que dans son support linguistique et culturel, un élément de ce monde. Cependant, la poésie, étant une forme d’art, détourne et interprète cette réalité pour la transcender, la sublimer, jusqu’à ne plus lui correspondre. Elle est de plus, dans de nombreux cas, empreinte d’un pathos qui ne renvoie qu’au monde intérieur. Toutefois, cet ensemble de réalités intérieures peut en dire long sur l’humanité, et notre manière de passer outre nos émotions une fois celles-ci confrontées au pathos d’autrui.


La poésie comme imitation du monde.


En grec, la poiesis implique la mimesis : l’imitation du monde
. Platon envisage cette imitation comme une copie d’autant plus éloignée du vrai qu’elle que le modèle dont elle s’inspire est éloigné de son idée. Ainsi, les leurres qu’elle produit rencontrent et confortent l’ignorance du lecteur, du récepteur de l’œuvre d’art. La création artistique n’est jamais, ici, que détournement du réel. Dans la République, Platon, soucieux de ne pas détourner les citoyens du vrai par des imitations qu’il faut proscrire, parle de chasser les poètes hors de la cité idéale. Or Aristote contre cette théorie des idées de Platon en évoquant le caractère didactique de l’imitation.

Le caractère pédagogique, gnoséologique de la poésie est défendu par Aristote dans La Poétique. L’élaboration du produit mimétique suppose une connaissance  – l’art poétique – dont le résultat favorise encore un apprentissage : celui sur l’objet imité. On pourrait ici voir la poésie comme un langage, un code permettant, lorsque l’on comprend l’art poétique, de décrypter la vision sous-jacente des objets et du monde.

La poésie comme vision du monde d’autrui


La poésie d’autrui faisant partie du monde extérieur, nous ne sommes pas non plus certains de comprendre l’œuvre d’art à sa juste valeur. Nietzsche, dans Vérité et Mensonge au sens Extra-Moral, nous montre que le message, qui passe d’une « sphère » à l’autre, se déforme, car chacun n’a pas la même vision des mots, ni de l’autre, ni du contexte, ni même du langage : le message connaît tellement de perturbations qu’il en devient presque impossible pour le récepteur de lui donner la même valeur que le récepteur a voulu faire passer.


La poésie nous en dit davantage sur la vision du monde de l’auteur que sur le monde lui-même
. Plus encore, la poésie nous en dit plus sur notre vision du monde que sur le monde, en comparant notre interprétation à d’autres. La poésie renvoie à l’idée qui veut que « toute conscience est conscience de quelque chose », selon la théorie forgée par Husserl. On peut ici penser que l’intersubjectivité, qui montre une intention de se tourner vers l’extérieur, explique ici en partie la force de la poésie, qui nous confronte à une autre conscience. Toutefois, cette capacité à nous faire comprendre la vision du monde qui entoure autrui nous permet, par réflexivité, de nous détacher de notre propre vision du monde pour saisir le réel.


La poésie comme outil de compréhension du réel.



La poésie nous donne un autre angle d’interprétation de la réalité
. Elle permet de prendre connaissance d'une création extérieure à nous, avec tout ce qu'elle comporte : esthétique, pathos, et connaissance par autrui de l’objet évoqué. Dans Fureur et Mystère, de René Char, la complexité de la guerre, de la résistance, et des émotions contradictoires qui parcourent l’homme est évoquée sous la forme poétique. C’est ce qui la rend d’autant plus saisissante. René Char se définissait comme un Nietzschéen : Nietzsche et Kierkegaard ont, eux aussi, parmi tant d’autres, passé leurs pensées philosophiques sous la forme de la poésie. Le Gai Savoir de Nietzsche est ainsi parcouru de poèmes et d’aphorismes. Le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein, qui montre que « le monde est l’ensemble des faits », dévoile son décodage logique du monde par des aphorismes.


Selon Gadamer, que l’on considère souvent comme le père de l’herméneutique moderne
, l’œuvre d’art peut redevenir une expérience de vérité hors de la science. Un dialogue existe entre l’art et le spectateur : l’art est ainsi une expérience ontologique où se découvre un sens. S’introduit ici la notion de contemporanéité, qui veut que l’on trouve un sens passé, pour une œuvre ancienne, dans une expérience présente. Lart est, ici, un outil clair de compréhension du monde.



En conclusion la poésie, qui nous met face à la vision d’autrui de la réalité, n’est pas cette réalité. Il s’agit d’un vecteur, d’une imitation, d’un interprétation de ce monde. Toutefois, ne pouvant nous-même connaître le monde que par l’expérience que nous en détenons, l’expérience poétique est, pour nous, une voie d’accès non négligeable à l’extérieur de nous-mêmes, qui nous permet de comprendre les faits tout autant que la subjectivité d’autrui, part intégrante de ce monde.

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