La dissonance cognitive

La dissonance cognitive, sous un nom apparemment brumeux cache une idée fondamentale. l'Homme n'accepte de changements dans sa vision du monde que lorsque ces mutations de font dans le cadre de sa logique d'interprétation de ce même monde. Explications et mises en situations.

Brève définition

Elaboré par Leon Festinger dans les années 50, ce concept permet de mettre en lumière le fait qu'une idée, si elle sort de notre schéma habituel de compréhension, va être rejetée par l'esprit humain ou fortement contredite. Cela veut dire que l'esprit humain préférera garder une vision acquise au fil des années plutôt que d'en changer instantanément, même si toutes les preuves de son erreur se trouvent face à lui. Il s'agit là, bien sûr, d'un mécanisme de défense du cerveau qui évite aussi à l'Homme de se laisser manipuler dans l'instant. toutefois, cela permet, et c'est pire, de manipuler dans la durée.

On peut ici aisément penser à la découverte de Galilée, qui était alors inacceptable car elle remettait en cause la vision du monde de l'époque. Plutôt que de reconnaître les preuves scientifiques que l'astronome apportait, l'Eglise ne concevait pas ce changement, trop radical : admettre que la Terre tourne autour du Soleil, c'est admettre une erreur civilisationnelle, reconnaître que la société tout entière s'est trompée et repose sur des bases infondées.

La dissonance cognitive, c'est l'incapacité à accepter ce qui ne rentre pas dans notre grille de lecture du monde, dans notre habitus, comme le définirait Bourdieu. On comprend, grâce à ce concept, les méfiances persistantes entre les civilisations, causées par l'ignorance entre les cultures, ou encore les problèmes d'intégration de populations nouvelles dans un pays, du moins pour une ou deux générations. Lorsque le schéma fait partie de la vie quotidienne, il est intégré sans problème.

Usages concrets

La dissonance cognitive ne détourne pas l'Homme du progrès : elle le contraint à progresser dans son schéma de pensée. Ainsi, lorsque les idées d'un système solaire, d'un big bang, d'une galaxie et d'une rotation de la Terre sont acquises, le statut de Pluton - planète ou pas? - n'est q'une évolution de ce schéma. En revanche, reconnaître que le progrès, qui a dirigé notre civilisation depuis la Révolution Industrielle, est la cause de nos soucis actuels en matière d'environnement et que la menace est bien réelle, relève du changement radical de conception du monde.

C'est bien là tout le problème. Ce n'est pas la première fois que l'alerte est sonnée par les scientifiques : le sommet de Rio de 1992 avait déjà oeuvré pour la sauvegarde de la Couche d'Ozone. Néanmoins, tout le monde a longtemps pensé que les phénomènes finiraient par être résolus d'eux-mêmes. Aujourd'hui, à force de communication et d'exemples concrets, en rapport direct ou non avec le sujet (Katrina, le tsunami en Asie, El Niño, la canicule en France...), les mentalités sont en train d'évoluer. Et la grille de lecture de tout un chacun avec, tout doucement.

Avoir conscience de ce phénomène de dissonance cognitive et en tirer parti utilement, c'est tout simplement l'appliquer à sa propre vision du monde. Cela revient, finalement, à garder à chaque instant la même vigilance que celle qui a mené au cogito sum de Descartes ou à cette citation de Socrate : "tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien". Et accepter de ne rien savoir définitivement, de pouvoir se tromper, c'est progresser plus vite. Changer de "paradigme" (Thomas Huhn). Gaston Bachelard montre que l'érreur est nécessaire à la connaissance : aujourd'hui, le monde, pour de nombreuses questions, a besoin que nous reconnaissions massivement certaines erreurs.