Municipales : ah bon?

Publié le par Steve Bonet

P1010026--WinCE-.JPGLa France, avec ces élections, vient peut-être d'inventer la défaite à la Pyrrhus : tout le monde cherche à s'attribuer la ou les victoires, ou dans une moindre mesure à minimiser les pertes de ces municipales. Finalement, personne ne s'offusque du fait que ce scrutin typiquement local ait pu ressembler de si près à des Législatives. Et tout le système y perd.

Bien sûr, il y a les déclarations de François Fillon, qui semble regretter la même chose ; on ne peut pas sérieusement croire à la sincérité des propos du chef de la majorité si l'on se souvient des mots de Nicolas Sarkozy il y a quelques temps, celui-ci souhaitant redonner à ces échéances un sens politique plus aigü. A la lumière des sondages et de la tempête annoncée, le ton a changé, pour en arriver  dimanche soir à la déclaration du Premier Ministre, peut-être personnellement sincère... Mais parlant au nom de la majorité et du Gouvernement. Tant pis pour le sort des villes, donc...

François Hollande s'est risqué, à sa manière, à une relativisation des motivations nationales, de manière à faire éclater la compétence des maires. cela est déjà plus juste, car trop vouloir prendre ces résultats pour un référendum anti-Sarkozy revient à dire "nos maires n'ont pas du tout été élus pour leurs compétences, mais simplement sur un coup de tête des Français, qui n'ont pas vraiment réfléchi à la fonction municipale une fois face aux urnes". présentée ainsi, la victoire à moins de charme : c'est pourtant ce que disait à peu près Ségolène Royal la semaine dernière, si l'on retire de ses propos le maquillage de la communication. L'esthétique de la victoire emporte tout sur son passage...

Pour François Bayrou, les choses sont un peu plus claires : à Pau, la défaite est municipale, à cause d'enjeux nationaux. Au-delà de cela, il serait dommage qu'un parti cesse d'exister à cause d'échéances précises, tout comme on avait pu enterrer le PC après la présidentielle. La démocratie ne devrait jamais aller dans ce sens d'une réduction des voix d'expression.

Et le problème vient bien de là : si l'on regarde de plus près et que l'on considère les Municipales pour ce qu'elles sont, comment peut-on, dans les médias, faire un peu d'audimat, aimanter les publics devant leur télévision un soir électoral, avec une foule de résultats locaux, et donc éloignés de préoccupations de tout un chacun ? Après tout, seules quelques villes nous sont particulièrement bien connues, à commencer par celles où nous vivons ; la dramatisation de l'enjeu passe donc par l'englobement de ces résultats dans des perspectives nationales. A la limite, la politique-fiction a son charme : l'effet pervers est que cet angle diffusé par la source d'information conduit certainement ("certainement", car il est impossible de le prouver ici) à une véritable nationalisation du débat. Voilà pourquoi, à chaque élection, les résultats sont appréciés dans leur globalité et... Sûrement à juste titre. Autrement dit, les Français ne votent pas pour les bonnes raisons. Est-il possible que la grande majorité des maires UMP soient soudainement devenus mauvais? On sait que la couleur politique importe peu pour faire un bon maire, car celui-ci est détaché des enjeux nationaux, du moins, encore une fois, a priori.

Il n'est pas question ici de juger la capacité de tous les maires entrants : gageons que la plupart d'entre eux fera un meilleur travail que celui laissé par les prédécesseurs. Il est toutefois triste de constater que l'on ne vote pas toujours pour les bonnes raisons : des municipales sont des municipales, tout comme les Européennes à venir devront être vues à la lumière du projet européen, et pas en fonction de la politique du Gouvernement, aussi contestable soit-elle.

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Steve Bonet 19/03/2008 02:01

Je suis bien d'accord, et j'aurais effectivement pu le mentionner dans mon article, l'abstention a remporté les suffrages dans de nombreuses municipalités. Toutefois, cela ne peut pas seulement s'expliquer par un désintérêt de la politique. Peut-être, effectivement, est-ce un manque de conscience de l'importance des Municipales ; mais, à ce propos, la volonté quasi-unanime de nationaliser le débat (médias et partis, hormis l'UMP du dernier mois qui sentait la claque arriver)a certainement contribué à minimiser le statut local de ces élections... locales. Les Français ne sont pas devenus "politophobes" (on va dire ça comme ça...)en un an, après s'être massivement déplacés pour la présidentielle.

Le moment du scrutin, qui plus est, était assez mal choisi, alors que bon nombre de familles étaient parties en vacances. C'est triste de dire cela comme ça et de devoir avouer que les vacances peuvent empêcher de prendre part aux décisions citoyennes, mais c'est ainsi. Et plutôt maladroit en termes de calendrier. ces élections avaient déjà été déplacée d'un an, il aurait été simple de les retarder d'une ou deux semaines supplémentaires.

Hormis ce point sur la désaffection vis-à-vis de la politique, qui me semble n'être que ponctuelle, je partage tout de même la majeure partie de votre dernier paragraphe. A force d'invoquer la mondialisation (dont les effets touchent plus durement la France, si l'on écoute les points réguliers de l'exécutif), on ne pourra qu'encore mois la contourner une fois le retard pris sur des réformes essentielles. le changement doit aussi venir de chacun d'entre nous ; c'est encore plus long et ambitieux, mais... Nous autres blogueurs avons peut-être un petit rôle à jouer en la matière, non?

Amicalement.

PS : j'ai revisité votre blog, décidément très intéressant... =)

benedicte 18/03/2008 16:32

Les enjeux nationaux dans nombre de petites communes ils n'ont pas vraiment joué. Mais le taux d'abstention remarquable dans nombre de grandes villes où l'on a des taux de 40 à presque 50% c'est que la gestion locale ne va pas mais que les gens ne voient même pas quelle différence cela fera que ce soit l'un ou l'autre parti qui détiennent les clefs de la ville. Mais on occulte cette réalité en donnant les % des suffrages exprimés pour prendre Montpellier (j'habite dans l'hérault) le PS a été élu avec 51,88% des voix des 51,06% des électeurs qui se sont exprimés soit 26,49% des inscrits peut on parler de validation de la gestion de la mairie sortante, de victoire du PS même si l'UMP a fait un score médiocre ?
Mais les politiciens s'en moquent, pourvu qu'ils soient élus, je dirais même au contraire ça leur va très bien.
Cette désaffection vis à vis de la politique comme n'ayant aucun impact sur la société est un symptôme d'un dysfonctionnement grave, mais normal puisque toutes etiquettes confondues les partis déclarent en permanence qu'ils ne peuvent rien face à l'économie et la mondialisation, qu'il ne faut rien attendre d'eux alors que leur rôle est de réguler l'économie dans le sens du bien commun et que bien sûr il est possible de faire des choses en ce sens, sans prétendre faire de miracle pour autant. Mais trouver les moyens de combattre ce sentiment de fatalité qui est martelée depuis des années, de la tête des gens, qu'il ne s'agit pas de fatalité mais de choix politiques délibérés, c'est ce qui va s'avérer le plus difficile. Amicalement