Intrigues en ville(s)

Publié le par Steve Bonet

Au départ, il y avait une élection présidentielle, et une pensée fondatrice d'un courant réaliste de la science politique moderne, le "diviser pour mieux régner" de Machiavel, dans Le Prince. Cela a mené à une politique d'ouverture (et donc de départs au PS et à feu l'UDF) pas forcément bénéfique pour la cohérence du Gouvernement, ni libératrice pour ces nouveaux admis à la Cour, et encore moins salutaire pour les partis d'opposition, puisque le président lui-même s'est octroyé, ce faisant, le droit de choisir son opposition.

Puis les municipales ont commencé à s'imposer dans l'agenda médiatique et politique. Avec la même philosophie, on peut penser que Paris a été délibérément laissée à Bertrand Delanoë qui, en plus de n'être pas forcément un maire catastrophique (son bilan est, objectivement, assez positif à Paris), possède surtout une qualité fort intéressante : potentiel adversaire de Ségolène Royal pour succéder à François Hollande à la tête du PS. Sacrifier Paris, pour Nicolas Sarkozy, c'est donc anticiper une division... pour mieux régner. Françoise de Panafieu, assez largement contestée dans son propre camp, notamment par Bernard Debré qui sentait venir cette dérive, a tout de même bénéficié d'un avis favorable - ou d'une absence d'avis défavorable -  de la part du président. Candidature validée, on peut donc continuer.

Dans la foulée, Jean-Marie Cavada, qui s'est vu promettre de jolies choses sur sa droite, a quitté le MoDem pour aller livrer une bataille particulièrement délicate dans le 12ème arrondissement de Paris. La division à grands renforts de carottes continue, et la suite des désillusions aussi. Jean-Marie Cavada aurait pu voir la manoeuvre d'abandon de Paris bien avant le désastre ; le MoDem a donc perdu quelqu'un qui, si cette opération avait dû symboliser toute sa capacité - n'aurait pas fait preuve de beaucoup de clairvoyance, à moins que la stratégie ne soit encore plus fine (auquel cas toute analyse deviendrait vraiment inutile). On divise, encore...

Des Municipales déguisées en Législatives ?

On divise tellement, en fait, que le président en a oublié de rallier à lui l'opinion publique (ou plutôt la majorité des opinions, pour être plus exact). Ce qui devait être, dans le reste de la France, un grand plébiscite pour la politique du Gouvernement a soudain perdu de son caractère national. Pour la majorité. En revanche, l'opposition s'est emparée du dossier et en a fait un grand mouvement de colère contre le gouvernement.

Ce qui est regrettable, en premier lieu, c'est justement que ces élections aient du mal à s'imposer comme un référendum local. Evidemment, mobiliser la France entière sur une multitude de particularismes locaux n'est pas très vendeur... Alors, on met surtout en lumière les enjeux nationaux, et l'on transforme les suffrages en législatives bis. On ne peut que déplorer un tel système.

Le MoDem, de son côté, a tenté de relocaliser les échéances : parfois avec de  visibles velléités de pouvoir, parfois en toute sincérité, avec la volonté non pas de peser plus lourd, mais simplement de faire pencher la balance du côté de l'estimé meilleur. 

Une exception capitale

Et l'exception à ce système plus juste reste... Paris. Paris où Marielle de Sarnez a très intelligemment tendu la main à Delanoë qui l'a très intelligemment... refusée. Delanoë n'a pas besoin du MoDem pour gagner, et c'est bien là sa chance : celui-ci n'aurait pas pu se présenter à la tête du PS, avec à l'esprit le leadership de l'opposition et, en bout de course, une présidentielle potentielle, en ayant accepté à ses côtés l'autre prétendant au titre de meilleure opposition au Gouvernement en place. Delanoë sera élu, pour son grand plaisir ; Sarkozy aura réussi, pour son plus grand confort, à organiser ses opposants à sa guise ; Marielle de Sarnez, en complément, aura permis de révéler les intentions extra-parisiennes présumées de Delanoë, et aura montré à tous que la volonté d'ouverture du MoDem n'a pas, dans ce cas précis, été partagée par le PS, qui plus est à Paris par l'un de ses représentants les plus en vue.

A la fin de cet épisode, tout le monde gagne, mais la politique reste bien LE secteur par excellence où le Happy End est impossible. Prochains feuilletons : Congrès du PS, élections européennes, et encore 4 saisons de la série avant la présidentielle de fin. Intrigues, intrigues...

Publié dans Actualité commentée

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Steve Bonet 15/03/2008 23:10

Je m'occupe de la suite dans les prochains jours, c'est promis ;)

benedicte 15/03/2008 20:46

Les grand perdants c'est nous citoyens, électeurs de toutes ces intrigues de palais qui relèvent des intrigues de cour et non de l'exercice de la Démocratie ... serons nous capable de trouver un chemin pour sortir de là ? amicalemen et attends les volets suivants des "concepts-clés"