Environnement : l'Europe, empire du milieu naturel ?

Publié le par Steve Bonet

san-pedro--WinCE-.jpg  Ce n'est pas vraiment une opinion, juste une constatation : le sommet de Bali a été un échec cuisant pour les tenants d'une mobilisation plus accrue sur le thème de la protection environnementale. Après le protocole de Kyoto, que les Etats-Unis n'ont toujours pas ratifié, ces derniers n'avaient pas vraiment l'intention d'aller plus loin dans la lutte,  mais plutôt de demander le temps de la réflexion. Dans ce cas présent, réfléchir revient, paradoxalement, à refuser un principe de précaution.

On entend un peu partout, et notamment sur la blogosphère, des arguments menaçants démontrant que, dans quelques années, on pointera du doigt les pays qui n'ont rien fait alors que tout était possible pour endiguer les effets du réchauffement climatique. Cela peut paraître simpliste ; or il s'agit là, à mon avis, d'un vrai grand enjeu des Relations Internationales à venir.

Le poids de l'Opinion publique

L'opinion publique occidentale, suivie de près par de nombreuses populations directement concernées par la montée des eaux, semble devancer les initiatives politiques et réclamer cette évolution vers un plus grand respect de l'environnement. Comme je le rappelais dans un article précédent, nous sommes face à une situation qui ne s'était probablement pas produite en Occident depuis la sédentarisation des peuples : l'homme prend conscience qu'il appartient à la nature, et non l'inverse. Ce bouleversement demande du temps pour faire son chemin, mais il progresse. Il y a encore cinq ans, le nombre de personnes qui s'interrogeaient sur le bien fondé des courses automobiles en matière de respect de l'environnement n'étaient pas légion. Aujourd'hui, ces idées font leur chemin, indéniablement.

Vers un "Bali 2" sans les Etats-Unis ?

Parmi les autorités politiques, saluons tout de même l'instauration du Grenelle de l'Environnement qui, s'il est parfois contesté pour ses retours en arrière (contestation relayée par le non moins médiatique José Bové ces derniers jours), représente tout de même une avancée fondamentale. Mais la véritable volonté en la matière est européenne. L'Union, en effet, peut agir de manière forte pour la protection de l'Environnement. Tous les pays membres, s'ils ne sont pas à la pointe d'initiatives, sont prêts à suivre. En témoignent le volontarisme de pays comme la France lors du sommet de Bali pour tenter de convaincre les Etats-Unis et l'Inde, ou encore la déclaration de Gordon Brown aujourd'hui même en Chine pour rappeler la véritable urgence en la matière.

Or les Etats-Unis ne souhaitent pas avancer, l'Inde reste très rigide en la matière, réclamant son droit à la consommation (qui apparaît, du reste, de moins en moins en contradiction avec les exigences environnementales, et à des coûts de plus en plus bas), et la Chine joue un double jeu, d'un côté à la pointe de la recherche pour des villes vertes - belle vitrine - et de l'autre en position de cumul des objections formulées par les deux pays cités plus haut. Gordon Brown a tenu à rappeler l'importance des enjeux. Dont acte. Il faut maintenant agir.

L'Europe : un leadership aussi utile qu'opportun

Bali a prouvé, si besoin était, que les nations sont prêtes à s'investir. l'Europe a été suivie par un "G77" ; c'est là un consensus rarement observé autour d'un sujet. Si les Etats-Unis ne veulent pas s'investir, si l'Inde refuse, si d'autres pays doutent... Alors il faut que l'Europe prenne ses responsabilités. Tout à l'heure, nous avons vu que les pays qui ne font rien devront assumer leur position dans le temps : a contrario, ceux qui agissent peuvent en retirer une part de gloire. L'Union Européenne peut, tout en contribuant à une planète plus propre, et peut-être même tout simplement sauvée, retrouver de sa superbe sur la scène diplomatique internationale.

L'Environnement est une grande cause défendable, nécessaire, et qui peut apporter une reconnaissance diplomatique mondiale avec la certitude d'être suivis par 77 pays si jamais un sommet sans les Etats-Unis et l'Inde réussissait à voir le jour. De plus, c'est un marché économique en pleine expansion : automobile, bâtiment, énergie... La qualité environnementale devient une excellente valeur ajoutée.

Indigné par les résultats de Bali, j'ai écrit, à titre personnel, à Stavros Dimas, Commissaire européen chargé de l'environnement, pour l'exhorter à mettre en place un "Bali 2" emmené par l'Europe et réunissant les pays qui veulent aller plus loin et montrer l'initiative. J'encourage tous ceux qui partagent cette vision d'écrire à leur tour. C'est très simple (il suffit d'aller sur le site de la Commission Européenne), cela montre que la démocratie fonctionne, et ce type de retour permet aux politiques de mesurer l'engagement des citoyens sur une question. Tout comme l'Europe a tout à gagner à prendre la tête du défi environnemental, nous avons tout intérêt à expliciter notre mobilisation en tant que citoyens.

Publié dans Actualité commentée

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