le pouvoir d'achat : vers une "démocratie de consommation" ?

Publié le par Steve Bonet

Le pouvoir d'achat, malgré la place prépondérante que le concept occupe dans le paysage politique actuel, est une notion relativement récente, qui témoigne d'une évolution de la communication politique bien plus que d'une mutation de la société.

Il y a encore peu de temps, le  pouvoir d'achat, que l'on peut calculer en divisant la variation de l'indice des revenus par la variation de l'indice des prix, était davantage évoqué sous les formes de "budget des ménages" ou de "coût de la vie".

Le terme de pouvoir d'achat fait sa réelle grande apparition en France en 2005, notamment à travers les campagnes de publicité de la grande consommation, à l'image de la chaîne E. Leclerc. Par la suite, force est de constater que son importance n'a cessé de grandir, jusqu'à devenir l'un des axes majeurs de la campagne présidentielle de 2007. Aujourd'hui encore, la hausse du pouvoir d'achat capitalise les débats de politique intérieure, à l'image des déclarations de Nicolas Sarkozy et, plus symboliques encore, de la volonté de l'opposition de s'emparer du thème.

La différence avec le budget des ménages ou le coût de la vie est d'abord sémantique  : bien sûr, tous ces mots renvoient à la même réalité, mais ne témoignent pas de la même idée sous-jacente. Le pouvoir d'achat, ainsi mis en exergue, renvoie à la réalité de la société de consommation et officialise un état de fait: le citoyen est considéré, et se trouve sommé de se considérer comme un consommateur.

Nul ne peut nier que la société de consommation est aujourd'hui une réalité. Or, de nouvelles critiquent émergent aujourd'hui, évoquant une société de sur-consommation (le mouvement de la décroissance) ou un décalage entre consommateur et citoyen, à l'image de Robert Rochefort dans Le bon consommateur et le mauvais citoyen (Odile Jacob, 2007), évoquant par exemple le grand écart existant entre consommation courante et enjeux éthiques et environnementaux. On peut se poser, dès lors, la question de l'adéquation d'un projet politique qui prônerait à la fois le souci de croissance, de hausse de la consommation, et la volonté de répondre aux enjeux environnementaux.

Or certains voient dans la société de consommation, par sa mutation éthique, la réponse à ses propres problèmes : pour Vicente Verdú, journaliste à El País et Docteur en Sciences Sociales, le consommateur fait évoluer l'idée de citoyenneté en se servant du pouvoir d'achat comme d'un pouvoir politique.

Il est vrai que la protestation par la consommation est connue, depuis longtemps, sous divers aspects, le plus saillant étant le boycott. Ici se pose l'idée d'une consommation éthique qui pousserait les entreprises à adapter leurs biens et services à la demande. Ainsi, la mutation politique passerait par une volonté sociétale. Nous rentrons là dans une forme de démocratie de consommation.

En outre, il ne faut pas oublier qu'un "pouvoir" marque une volonté délibérée. le pouvoir d'acheter implique également celui de ne pas acheter.

Ainsi, la notion de pouvoir d'achat n'est pas un danger en soi, à condition qu'elle n'occulte pas l'ensemble des enjeux politiques et qu'elle ne pousse pas à assimiler le citoyen à un consommateur ; certes, chacun dispose d'un budget, mais l'on ne peut se résoudre à comprendre le monde par la santé du marché, aussi prépondérant soit-il. En témoignent la hausse spectaculaire du nombre d'ONG dans le monde, attestée par James A. Paul, Directeur Exécutif du GPF (Global Policy Forum) ou encore la formidable expansion de la blogosphère, espace d'échange, d'information et de prise de position, qui n'induit pas de volontés mercantiles de la part de ses auteurs.

Toutefois, nous pouvons nous interroger sur les effets d'annonce et la surmédiatisation inhérents à ce concept dans le paysage politique actuel, à une époque où le moral des ménages est en berne.

Publié dans Actualité commentée

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